« Károly Ferenczy. Modernité hongroise » au Petit Palais (Paris)

Méconnu du public français mais célébré dans son pays natal, Károly Ferenczy (1862-1917) bénéficie aujourd’hui d’une première rétrospective en France, présentée au Petit Palais. Une initiative salutaire qui remet en lumière l’un des grands artisans de la modernité en Europe centrale, dont l’œuvre échappe à toute classification stricte.

© Tibor Mester collection particulière
© Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Ni tout à fait naturaliste, ni véritablement symboliste, impressionniste ou nabi, Ferenczy puise librement dans ces courants pour élaborer un langage pictural singulier. Esprit curieux et profondément européen, il nourrit son imaginaire de littérature française — avec une prédilection pour Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau — et multiplie les voyages à travers les grands centres artistiques du continent. De cette ouverture naît une œuvre traversée par l’esprit cosmopolite de la fin du XIXe siècle.

© Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.
© Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Fondateur d’une colonie d’artistes au cœur de la campagne hongroise, Ferenczy développe une pratique attentive à la nature et à la peinture en plein air. La lumière y joue un rôle essentiel : éclatante, vibrante, elle modèle les formes autant qu’elle les révèle. Le soleil, omniprésent, devient presque un personnage à part entière.

© Tibor Mester collection particulière
© Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

L’exposition met particulièrement en valeur sa période dite du « plein soleil », où l’artiste explore avec finesse les rapports entre ombre et lumière, ainsi que les nuances de bleu qui traversent ses toiles. Des œuvres emblématiques telles Au sommet de la colline — choisie pour l’affiche — ou La Femme peintre témoignent de cette recherche lumineuse.

Le portrait constitue un autre versant majeur de son travail. Autoportraits, figures familiales ou cercles amicaux — dont Paula Ernst, Double Portrait ou encore Triple Portrait représentant ses enfants — révèlent une attention intime aux visages et aux liens.

À partir de 1908, un nouveau cycle s’ouvre : celui des paysages tardifs. Les plateaux montagneux s’y déploient dans une palette éclatante, comme dans Hêtraie ou Les Archers, affirmant une évolution vers une expression plus synthétique.

© Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.
© Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026.

Le parcours, riche d’environ 140 œuvres, donne à voir toute l’étendue de cette production : paysages, scènes familiales, sujets bibliques, nus ou encore caricatures. Une diversité qui confirme la place essentielle de Ferenczy dans l’émergence d’une modernité hongroise.

Le catalogue

L’exposition s’accompagne d’un catalogue de référence — première monographie en langue française — retraçant avec précision la trajectoire de l’artiste et éclairant la richesse de son œuvre (240 pages, nombreuses illustrations, 39€).

Une exposition d’envergure, à la fois érudite et lumineuse, qui mérite amplement le détour.

Informations pratiques

Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill, 75008 Paris
Jusqu’au 6 septembre 2026.

 

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