Au Bœuf Couronné : la plus ancienne brasserie de viande de Paris face à la Philharmonie
Face à la Philharmonie de Paris, là où les flots de mélomanes croisent ceux des flâneurs du 19ᵉ arrondissement, une institution résiste au temps avec fierté : Au Bœuf Couronné. Plus qu’une adresse, c’est un fragment de mémoire parisienne, un lieu où chaque service semble prolonger une tradition séculaire.
Une mémoire carnée, héritée de La Villette
Il faut imaginer le quartier à l’époque des abattoirs, sous Napoléon III : une ruche industrieuse, brute, où le bœuf était roi. C’est dans ce contexte que naît Au Bœuf Couronné, survivant aujourd’hui comme le dernier témoin de ces grandes tables dédiées à la viande. Repris en 1965 par le Groupe Joulie, l’établissement n’a jamais cédé à la tentation du pastiche. Il cultive au contraire une authenticité rare, faite de continuité et d’adaptation.
Un hôtel confidentiel
Derrière la façade de brasserie, l’adresse cache un hôtel de 42 chambres, pensé par l’architecte Fabrice Ausset. Ici, le cuir dialogue avec le bois massif, dans une partition feutrée et contemporaine. Une parenthèse discrète pour voyageurs en quête d’un Paris plus intime.
La viande comme manifeste
Mais revenons à l’essentiel : l’assiette. Entièrement rénovée en 2016, la table perpétue un savoir-faire où la générosité n’est pas un vain mot. Os à moelle rôti, pavés de bœuf, côtes spectaculaires — les pièces s’imposent, franches, sans compromis. Pourtant, réduire la maison à sa seule passion carnivore serait une erreur.
Les classiques de brasserie — œufs mayonnaise, poireaux vinaigrette — côtoient des échappées marines : Saint-Jacques nacrées, Gambas poêlées, Pavé de thon grillé. Une carte qui rassure autant qu’elle surprend, fidèle à l’esprit parisien.
Et puis viennent les douceurs, presque théâtrales : un Baba généreusement arrosé de rhum ambré, Une Tarte Framboises ou des Crêpes Suzette flambées au Grand Marnier, exécutées dans la plus pure tradition.
Un décor parisien
Velours rouge profond, globes d’opaline, carrelages géométriques : ici, le décor ne cherche pas à séduire, il affirme. Il raconte un Paris d’antan, celui des grandes brasseries où l’on s’attarde, où l’on parle fort, où l’on vit.
Le luxe discret d’un patio caché
À l’arrière, surprise : un patio-terrasse, écrin de verdure insoupçonné. Aux beaux jours, le tumulte urbain s’efface pour laisser place à une quiétude presque provinciale. Une autre facette de la maison, plus douce, plus confidentielle.
Une institution vivante
À l’heure où Paris réinvente sans cesse sa scène gastronomique, Au Bœuf Couronné ne joue pas la carte de la modernité à tout prix. Il incarne autre chose : une permanence. Une fidélité à un certain art de vivre, où la table reste un lieu de partage et de mémoire.
Dans le sillage des grandes brasseries du groupe — des Bouillons Chartier au Wepler — l’adresse poursuit son récit, entre tradition assumée et plaisir intact.
Carnet pratique
188 avenue Jean Jaurès, 75019 Paris. Ouvert 7/7 j – de midi à 15h et de 19h à minuit.