Le Cid à la Comédie-Française : l’honneur en héritage, l’amour en tragédie (SAISON HORS LES MURS)
L’histoire
Ils s’aiment, mais le destin en décide autrement. Chimène et Rodrigue voient leur passion brutalement fracturée lorsque ce dernier, pour laver l’honneur de son père, tue en duel celui de sa bien-aimée. Dès lors, Chimène se retrouve prisonnière d’un dilemme implacable : réclamer justice pour venger son père ou céder à un amour qu’elle ne peut étouffer.
Tandis que la cour s’agite, Rodrigue est appelé à défendre le royaume contre les Maures. Son courage au combat lui vaut une victoire éclatante et le prestigieux titre de « Cid ». Pourtant, malgré cette gloire nouvelle, rien n’apaise le conflit intérieur qui le lie à Chimène. Le roi, conscient de la complexité de la situation, choisit de différer leur union, laissant au temps le soin d’apaiser le deuil et les passions.


L’avis de Paris en Goguette
Créé en 1637, Le Cid marque un tournant décisif dans l’œuvre de Corneille, qui y invente une forme hybride entre tragédie et tragi-comédie. Derrière l’éclat des alexandrins se déploie une réflexion d’une rare acuité sur la liberté individuelle, le poids de l’héritage et les sacrifices imposés à la jeunesse.
La pièce met en tension deux absolus inconciliables : l’honneur et l’amour. De ce conflit naît une intensité dramatique qui traverse les siècles, portée par des vers devenus emblématiques et toujours vibrants sur scène.
Dans cette nouvelle mise en scène, la puissance du texte trouve un écho remarquable dans le jeu de la troupe. La direction précise et inspirée donne à l’ensemble une cohérence limpide, où chaque personnage semble habité par son propre vertige moral. Au cœur du dispositif, l’interprétation de Rodrigue (Benjamin Lavernhe) impressionne par sa densité. Entre ferveur héroïque et trouble intime, le personnage se déploie avec une intensité maîtrisée, rendant palpable la violence du dilemme qui le traverse. La tension ne faiblit jamais, et le spectateur se laisse emporter par cette fresque où les passions se heurtent avec éclat.
Le résultat est à la hauteur du mythe : une œuvre magistrale, servie avec exigence et sensibilité, qui rappelle combien le théâtre classique demeure profondément actuel.
Quelques vers célèbres
« Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? » (Acte I, scène 4, don Diègue)
« Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées – La valeur n’attend pas le nombre des années. » (Acte II, scène 2, don Rodrigue)
« Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort, Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. » (Acte IV, scène 3, don Rodrigue).


Le Cid de Pierre Corneille. Mise en scène Denis Podalydès. Nouvelle production.
Avec la troupe de la Comédie-Française
Christian Gonon, Bakary Sangaré, Suliane Brahim, Benjamin Lavernhe, Didier Sandre, Jennifer Decker, Danièle Lebrun, Clément Bresson, Marie Oppert, Adrien Simion.
Informations pratiques
Présenté hors les murs, le spectacle se joue au Théâtre de la Porte Saint-Martin, 18 boulevard Saint-Martin 75010 Paris. Jusqu’au 17 mai 2026.
Une occasion précieuse de redécouvrir ce pilier du répertoire le temps des travaux de la Salle Richelieu. Cette délocalisation s’inscrit dans une saison itinérante ambitieuse, qui voit la troupe investir plusieurs scènes parisiennes et franciliennes, prolongeant ainsi le lien vivant entre le théâtre et son public.
