Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d’un hôtel particulier au musée des Arts décoratifs (Paris)
Le fiacre s’arrêta : le cocher souleva le marteau de bronze d’une porte immense : c’était l’hôtel de la Môle ; et, pour que les passants ne pussent en douter, ces mots se lisaient sur un marbre noir au-dessus de la porte.
Stendhal, Le Rouge et le Noir, 1830
Il suffit d’imaginer le bruit sourd du marteau frappant le bronze pour que le XVIIIe siècle s’ouvre à nous.
Au cœur de la rue de Rivoli, le musée des Arts décoratifs convie le visiteur à franchir le seuil d’un hôtel particulier parisien tel qu’on en habitait dans les années 1780. Non pas une simple exposition, mais une traversée saisissable : celle d’une journée entière, scandée par la lumière, du matin encore nacré aux lueurs dorées du soir.
Plus de cinq cents pièces — trésors issus pour la plupart des collections du musée et rarement dévoilés — composent cette fresque intime. Boiseries délicatement sculptées, papiers peints aux motifs bucoliques, mobilier galbé, porcelaines fines, argenterie ciselée, toilettes précieuses, accessoires de mode, jouets d’enfants, bijoux délicats… Chaque objet semble avoir conservé le souvenir des gestes qui l’ont animé.
L’exposition déroule son récit en trois temps : le lever, l’après-dîner, puis la soirée. La lumière accompagne cette progression, modulant l’atmosphère comme un théâtre silencieux. Dans la clarté du matin, la maison s’éveille ; au cœur du jour, elle s’ordonne et reçoit ; à la tombée de la nuit, elle se pare et s’illumine.
Paris est pour un riche un pays de Cocagne : Sans sortir de la ville il trouve la campagne ; Il peut dans son jardin, tout peuplé d’arbres verts, Recéler le printemps au milieu des hivers.
Nicolas Boileau, Satire VI, 1666
Le poète disait vrai. L’hôtel particulier est un monde en soi, un théâtre social où se croisent maîtres, domestiques et animaux familiers. On y devine le bruissement des étoffes, le tintement cristallin des verres, le murmure discret des conversations.
L’avis de Paris en Goguette
Ne résistez pas : cette exposition à l’atmosphère romanesque est un enchantement.
On s’y promène comme dans un roman. Les horloges égrènent le temps, et chaque salle révèle un nouvel éclat. Une robe aux plis savamment construits, une harpe délicatement posée, une chaise à porteurs prête au départ, des pendules précieuses, une table de toilette en forme de cœur, des flacons à sels d’une exquise finesse…
Tout ici célèbre l’élégance, la maîtrise artisanale et cette alchimie subtile qui compose l’art de vivre à la française au siècle des Lumières.
Carnet pratique
Musée des Arts décoratifs
107 rue de Rivoli, 75001 Paris
Jusqu’au 5 juillet 2026